Penser ensemble l’écospiritualité

Curieuse des pratiques de développement personnel et écologiste, l’annonce d’un « week-end d’écospiritualité » m’a interpelée. Alors tout comme d’autres humains en quête de sens, je me suis laissée embarquer sur le paisible bateau de la transition intérieure.

J’ai vécu un revirement dans mes pratiques écologistes. À l’heure où l’on se bombarde d’infos concernant l’état actuel des ressources planétaires, où l’on se rend à l’affût des manifs, des rassemblements, des débats houleux visant à éveiller les consciences et la nécessité d’action, est-il possible de faire un pas de côté ? Et si aller vers  une société profondément en harmonie avec son environnement et les limites planétaires incluait un ancrage individuel ? Si nous souhaitons vivre en accord avec l’environnement qui nous accueille et nous permet la vie, cela pourrait comprendre une dimension spirituelle, qui consiste à travailler sa relation à soi, aux autres et avec le tout. Pour les chrétiens, il s’agirait de sauver la Création, pour les curieuses comme moi, il s’agit de la biodiversité.

Photo : Natacha Forte

Arrivés sur les lieux de la rencontre, nous avons peu à peu appréhendé la dimension croisée entre spiritualité et écologie, à commencer par un accueil animé par chaque individu et sa citation qui lui a été remise sur la thématique.

Si l’argent offre tous les plaisirs, la sobriété ouvre à la joie qui est le bien suprême. La joie ne s’achète pas. Elle est un don de la vie. Elle se donne et se reçoit. Elle naît de l’émerveillement devant la nature, de la sensation d’être en harmonie avec la symphonie universelle. Elle nous fait ressentir le sacré, au sens quasi vibratoire. La joie est fondatrice d’humanité.  

– Pierre Rabhi

Ce moment pose les fondements de ce week-end. Un climat de paix profonde, d’écoute et de bienveillance s’installe, le jeu social semble s’éroder peu à peu pour laisser place à un lien authentique. Notre groupe, ou « membrane » pour les intimes, était constitué d’individus de toutes les générations.

Nous avions donc la place pour tous types d’échanges avec des personnes à la fois témoins du basculement progressif de notre société moderne vers son état actuel et emplis de sagesse. On pouvait y retrouver une chouette diversité de personnalités, de types d’engagements et d’expériences – militants écologistes, employés du WWF, écrivain, ex-journaliste, profs ou éducateurs. J’y ai aussi rapidement trouvé sept autres étudiants de ma génération ; d’autres jeunes en quête de sagesse et aspirant aux mêmes transformations intérieures – ou simplement convaincus par l’effondrement futur (coucou Augustin et Tim ;)). Nous pouvions nous relier d’une manière exceptionnelle, du thé sous les étoiles aux récits de voyage, il régnait un climat de partage et d’écoute inconditionnelle. Nous étions tous et toutes reconnaissant envers cette énergie circulant entre les générations, sentir ces êtres chargés d’expérience croire en notre potentiel.

Ensemble, nous avons vécu diverses activités. Avec trois conférences suivies de cercles de parole en petits groupes, nous réfléchissions ensemble à la sobriété joyeuse, le fait de réorienter nos désirs vers ce que l’on a déjà, se libérer du superflu ou la puissance de la joie. De par des dispositifs de table ronde « fish bowl », chaque intervenant pouvait devenir participant, abolissant ainsi toute hiérarchie entre détenteurs d’un savoir et apprenants – nous étions tous cocréateurs du savoir de ce week-end.

À l’échelle individuelle, il s’agissait de se libérer des dispositifs digitaux pour revenir sur des modes de communication « purs », directs, centrés autour de l’humain. Cela peut paraître anecdotique, mais l’absence de toute forme de média de communication laissait large place à une communication « incarnée » ; humaine, simple et proche. Et qu’est-ce que ça fait du bien.

Il semblerait toutefois que l’écospiritualité et la sobriété doit être vécue et incarnée. Même si nous nous sommes initié à certaines pratiques comme la biodanza ou le land art, nous vivions dans un lieu avec buffet garni et chambres d’hôtel – nous riions alors de cette abondance paradoxale, au vu des discours prônant la sobriété.

Après une clôture de ce week-end emplie de gratitude et de connexion profonde parmi la « membrane » que nous avions formée, il s’agissait de se reconnecter avec son quotidien de vie. Nous étions plusieurs à se réajuster, et j’ai moi-même oublié de rendre mes clés. Il semble même que cette immersion ait eu des effets prolongés : la semaine qui a suivi respirait la simplicité, la recherche d’authenticité et de joie dans mes rencontres et mes relations ainsi que le désir de ralentir.

Au-delà du partage à propos de transition intérieure et de sobriété joyeuse, une question nous brûlait les lèvres : la transition intérieure est-elle nécessaire en réponse à l’urgence climatique ? Comment penser cette transition à l’échelle globale, et rapidement ? En effet, la transition intérieure représente un long chemin et si elle n’est peut-être pas la clé de réponse immédiate aux enjeux globaux, elle représente un outil puissant pour se sentir bien avec le tout et puiser de la force et de la joie créatrice.

Finalement, nous cherchons peut-être à vivre des connexions, des liens irrationnels, forts et purs entre individus. Il nous faudrait ralentir et se laisser du vide, ce vide anxiogène mais nécessaire pour prendre du recul et imaginer d’autres possibles. La transition intérieure représenterait un outil de vie collective créateur d’un tissu de liens harmonieux. En effet, comment prendre soin d’autrui si l’on est pas en paix avec soi ; et comment prendre soin de la biodiversité si l’on est pas en paix avec autrui ? Il s’agirait de développer notre sensitivité envers les énergies des autres humains et du tout et s’y sentir profondément relié, afin de se remplir d’énergie nécessaire à la lutte. Si nous sommes humains, alors nous sommes nature ; si nous prenons soin de nous-mêmes, c’est du tout dont nous prenons soin.

Caroline L.

Un grand merci à Xavier et Alexandre de l’aumônerie UNIL-EPFL pour avoir rendu ces moments possibles.

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