Entouré-e-s

Entouré-e-s

C’était il y a environ un an, lorsque j’étais plongée à mi-chemin dans mon tout premier semestre à l’unil, que j’ai eu, pour la première fois, une très forte et douloureuse prise de conscience : la population allait vers son extinction et nous devions nous grouiller. Je me rappelle que c’était pendant un cours de science de l’environnement à l’unil et mon cœur s’est mis à battre très rapidement, je voulais arrêter le temps et mettre un stop au monologue du professeur. J’étais submergée par un sentiment d’impuissance. Après cet événement, j’ai évité d’y penser et j’ai continué mon chemin universitaire. J’étais attachée aux études et je voulais focaliser mon énergie sur les cours. Malheureusement ce sentiment anxieux baignait tout de même vicieusement dans mon corps prêt à remonter en surface rapidement et lourdement.

Le premier semestre est passé, les vacances sont arrivées et soudain, je ne pouvais plus exempter ces réflexions de craintes derrière les études et ma santé mentale est partie en chute libre. Mes nuits étaient incomplètes, ma famille devenait irritée par mes remarques constantes que je leur infligeais, et petit à petit, j’ai perdu le sens de mes études. J’avais une haine profonde contre la société et je me sentais seule. Je ne voulais pas déranger toustes mes ami-e-s avec ces questionnements. Selon moi, le rythme de mes pensées ne se coordonnait pas avec mon entourage, ce qui m’amenait à encore plus de mal être. J’étais isolée du monde extérieur car j’étais trop encrée dans cette idée que j’étais seule à réfléchir aussi extrêmement.

Vous lecteurs, vous vous dites surement : « Mais, c’est parce que tu as le temps d’y réfléchir, toi, qui vis dans une situation très confortable, que tu te permets d’avoir ces angoisses » « Tu n’es pas touché directement par les désastres climatiques, tu ne vis pas dans la survie chaque jour » … Et vous avez bien raison. Je ne pouvais pas réellement être active dans le milieux de l’écologie en m’isolant et je n’allais absolument pas aller mieux intérieurement. Cet isolement était avant tout une source de confort et de sécurité. Il fallait que cela change et mon énergie devait se concentrer sur un changement.

J’ai dès lors décidé vers la fin du deuxième semestre de me prendre en main. Je me suis rapprochée de gens qui avaient une conscience climatique à l’université en devenant notamment membre d’Unipoly et j’ai commencé à voir une psychologue. Peu après, je suis devenue responsables évènementielle à Unipoly et j’ai appris que nous allions accueillir Aurélien Barrau le 3 octobre 2019. Je ne le connaissais pas et j’ai, de ce fait, engagé des recherches sur lui. J’ai rapidement été éclairée et ma vision si pessimiste de la société a pris un second tournant. Un homme que je ne connaissais pas pensait comme moi. Il était devenu une figure de la lutte climatique en énonçant de manière claire les faits scientifiques et en proposant à la population occidentale de changer. Il avait incarné la voix de mes angoisses et il les avait exposées.  

Une table ronde était organisée pour le rencontrer et j’ai foncé sur l’occasion. Lors de cette table ronde, des thématiques comme : le non-sens des études, la peur du futur et les enjeux du futur ont été abordées. Je me sentais entourée et je me sentais pour la première fois réellement comprise par des inconnues.

Une conférence a eu lieu le soir même et j’ai invité ma mère. Nous étions les deux bouleversées par les faits mais stimulées par ces paroles. Son discours était brut mais son ton invitait à la réflexion.

Conférence d’Aurélien Barrau à l’Unil le 3 octobre 2019

Nous avons pu comprendre qu’il ne s’agit pas de blâmer ou des critiquer la société, car nous même la nourrissons. Il s’agit de questionner profondément son mode de pensée. La nature est victime de nos actions. Nous pouvons, par nos réflexions intérieures, de la soulager, pas uniquement en faisant des petites actions écolo au quotidien mais plutôt en prenant le rôle du militant dans toutes les sphères de notre vie. Cela demande un travail intérieur et extérieur que nous sommes tous et toutes capable de faire.

Aurélien Barrau a transmis un message que moi-même aurait voulu comprendre plus tôt. Pendant sa conférence il a expliqué en douze points comment l’humanité avait perdu route et s’enfonçait dans son extinction. Il conclut sa conférence en amenant le terme “activisme fractale” qui m’a beaucoup touché. “Chacun doit se battre avec ses armes” et “il faut penser à partir de la vie”. Nous sommes responsables du vivant et nous devons agir et chacun à son échelle. « On parle trop du climat, mais on n’en fait pas assez ». Chaque pas et chaque combat compte si nous le faisons ensemble. Seule la nature est victime du climat, la pauvre a des raisons d’angoisser, il faut la rassurer et en prendre soin. Comme dirait Barrau : il faut réenchanter notre approche à la nature. C’est le seul moyen de nous en sortir.

 Juliette Hirt

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