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Collaboration avec Plume #2

Poème – Sans titre

Après des millions et des milliards d’années,
Où tant d’êtres divers ont vécu et régné,
Il y a tout au plus douze mille printemps
Une espèce est sortie de l’ombre en grelottant,
Et s’est multipliée à force d’inventions :
Agriculture, guerre, éthique, religion.
Mais pourtant la Révolution Néolithique
De tout un mécanisme est juste le déclic ;
Car si pendant longtemps rien ne semble changer,
Vers l’an dix-huit cent trente arrive le danger.
Jusque-là le Progrès avançait doucement,
Mais il rugit soudain dans un élan dément ;
La machine à vapeur se répand sur mes flancs.
Pensant que vous seriez mes plus charmants enfants,
Je vous ai donc laissés quadriller mes prairies.
Hélas ! J’ai déchanté quand j’ai enfin compris
Que vous aviez choisi de servir le profit,
De suivre son avis, à tout prix, faisant fi
De ce que vous offraient mes fertiles vallées,
Cela ne suffit pas ! Alors vous cavalez
De ressource en ressource, et de plus en plus vite
Plus rien ne peut vous fuir, plus rien ne vous évite.
Tandis que l’être humain partout déboise et creuse,
L’accélération devient vertigineuse ;
En un siècle voilà que la Nature est morte
Car vous avez mené vos cruelles cohortes
Jusqu’aux plus reculés de mes jardins secrets,
En tailladant mes fleurs, en prenant dans vos rets
Chaque bête sauvage et chaque papillon,
Proclamant sans arrêt : « Tout est à nous, pillons ! »
Prenez garde mortels, votre place est fragile ;
Toute votre culture est un palais d’argile ;
Vous êtes confinés dans une mince couche
À l’épaisseur risible alors jouez les farouches
Mais n’oubliez jamais grâce à qui vous vivez,
Celle que vous avez si longtemps cultivée :
Ô nations je suis votre Terre Gaïa !
Qu’importent vos envies, vous vivez sous ma loi.
Je vais vous enseigner à craindre mes colères,
Ouragans, tsunamis, feux, éclairs, et tonnerres.
Vos frères et vos sœurs ne se laissent pas faire,
Le Vivant se défend puisque mon atmosphère
Leur est autant qu’à vous nécessaire et vitale.
Profitez-donc encor de votre capital
Tant que vous le pouvez, produisez sans soucis.
Mon or noir va tarir et ma patience aussi.

Antoine Ravetta

Auteurice

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